Manger au féminin : Edgar

Par Scott Simpson

Ce n’est pas un hasard que le plus petit restaurant de la région est aussi celui qui fait le plus parler de lui. Essayer l’Edgar, c’est l’apprivoiser … même si ça veut dire de faire la file pour obtenir une des 11 places très primées à l’intérieur. L’été, t’as plus de chances, car ces 11 places sont bonifiées d’une petite terrasse sur rue. Mais d’ici l’automne, attendez-vous à quelques changements ! De un, on agrandit. “Finalement !” diront plusieurs. À eux, je leur dirais ceci : vous êtes mieux d’avoir contribué à la campagne de sociofinancement qui se termine le 15 juillet prochain, car c’est pas donné de se retaper la moitié d’un immeuble pour l’arrimer au restaurant existant. Et tout ça pendant que l’équipe continue à rouler le resto et que sa propriétaire, la « reine des brunchs » Marysol Foucault, s’occupe de son p’tit nouveau de 3 mois. Disons que je suis brûlé juste à y penser.

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On s’est installés dans le jardin du Edgar, petit havre de paix situé dans le stationnement de l’édifice. On a dû reporter notre rendez-vous d’une journée puisque Marysol devait finalement travailler dans la cuisine suite à l’absence d’une employée. Pendant les 2 heures et demie qu’on passe ensemble, elle reçoit sa commande de légumes, elle confirme l’ordre dans lequel on présentera un nouveau plat créé la veille, tout en balançant le p’tit nouveau sur ses genoux. Il y a déjà des gens qui attendent patiemment l’ouverture du Edgar à 9 h 30. Je peine à m’imaginer comment elle faisait pour gérer simultanément Edgar et Odile, le défunt bistro de quartier où j’ai goûté à la cuisine de Marysol pour la première fois. C’est justement pourquoi elle l’a fermé. Elle s’est brûlée, et son équipe aussi. Opérer Edgar, c’est déjà en masse. Même là, elle a déjà songé à plusieurs reprises de laisser les opérations à un autre, déménager à un autre endroit, ou tout laisser pour aller faire la belle vie en campagne. Mais au lieu, elle a acheté l’immeuble. Tsé, question de se mettre encore plus de pression !

Heureusement, elle est très bien entourée. L’immeuble a été acheté avec des amis/clients/voisins qui refusaient tout court qu’elle quitte le quartier. Justement, pourquoi Val-Tétrau ? Elle n’y habite pas, il n’y a pas grand commerce dans le coin, la réglementation commerciale qu’elle doit respecter n’est pas évidente dans ce coin-là, pis disons que ce n’est pas tous les voisins qui sont favorables au succès du resto. « J’aime mes clients ici », me répond-elle tout simplement. Une réponse claire, concise, et rafraîchissante. L’agrandissement de l’espace va permettre une meilleure harmonie entre les deux fonctions du Edgar : la portion resto et le comptoir pour emporter. Les clients qui venaient simplement pour le prêt-à-manger se retrouvaient à attendre longtemps par manque de différentiation entre les deux services. Ceci sera réglé sous peu. La terrasse sera plus grande. Le jardin sera remanié. On trouvera plus de stationnement pour vélos. Bref, le même Edgar, mais en plus gros !

Ça me rappelle une conversation entre Anthony Bourdain et le chef Rodrigo Oliveira du restaurant Mocotó pendant l’épisode à São Paulo de l’émission The Layover.

Bourdain : Quand je disais que j’allais tourner à São Paulo, la place dont tout le monde nous parlait, c’était ton restaurant. Vous avez beaucoup de succès, beaucoup de notoriété, mais vous êtes un peu isolés. Pourquoi ?

Oliveira : Nous préférons être situés pas nécessairement où les gens peuvent payer plus, mais plutôt où les gens veulent le plus notre nourriture. Une célébrité, un concierge, ils sont également bienvenus et traités pareillement.

C’est un peu la vibe que j’ai quand je discute avec Marysol. Elle qui a travaillé dans plusieurs cuisines avec plusieurs clientèles différentes, elle choisit de rester à Val-Tétrau car les gens apprécient sa cuisine de façon pure. Les gens ne font pas la file parce que c’est le nouveau bistro branché ou à cause d’un décor hyper-design à la Riviera. Ils font la file puisqu’ils aiment manger là, point à la ligne. Certains viennent bruncher le samedi et dimanche, à toutes les semaines. Ces clients, elle les connaît, et elle les apprécie. Je peux confirmer que c’est réciproque.


C'est où ? 60 rue Bégin, Val-Tétrau (Gatineau), Québec

www.chezedgar.ca

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La campagne de sociofinancement Indiegogo se termine le 15 juillet, et le but est présentement à 89% atteint. Cartes cadeaux, t-shirts, sacs en canevas, tabliers, 6 mois de brunchs, service de traiteur, vous trouverez vraiment de tout comme récompense. En plus, vous contribuez au développement et au succès d’une entreprise d’ici !

 

Le Pressoir